Surmonter les principales difficultés de la formation pour adultes

25 février 2026

Au-delà de la « vague naturelle » qui secoue la parfumerie aujourd’hui, une génération de jeunes marques s’impose en jouant la carte des émotions et de l’humeur. Aromacologie, aromathérapie, olfactothérapie… Peu importe la discipline revendiquée : le bien-être par l’odorat est devenu leur boussole. Nous sommes allés à leur rencontre pour décoder ce qui change.

Le parfum a eu plusieurs fonctions tout au long de l’histoire

Bien avant de séduire nos sens, le parfum a d’abord été une arme, un remède, un outil sacré. Son usage esthétique, si évident aujourd’hui, n’est qu’un chapitre récent d’une longue histoire. Durant des siècles, on s’est servi des senteurs pour écarter la maladie, se purifier, s’élever ou tout simplement survivre. L’histoire regorge d’exemples : dans l’Égypte antique, le parfum était avant tout un allié de santé. Le kyphi, première composition officielle, s’offrait aux dieux lors de rites, se buvait même parfois, dilué dans le vin pour soulager les ventres et apaiser l’esprit. Chez les Grecs, parfumer ses narines avant de méditer ou philosopher relevait du bon sens : l’odeur était censée « éclaircir le cerveau ».

Pendant la peste noire, en France, on déposait des Pomandres et Oiseaux de Chypre dans les intérieurs pour assainir l’air, le redouté Vinaigre des Quatre Voleurs passait pour un bouclier contre les épidémies. Au Moyen-Âge, les monastères se sont transformés en laboratoires d’aromatiques : religieuses et moines cultivaient des plantes pour concocter baumes, vinaigres et autres parfums à visée thérapeutique. Certains ateliers, comme Santa Maria Novella à Florence, sont toujours debout et proposent des produits devenus de véritables soins.

Des eaux célèbres comme l’Eau de la Reine de Hongrie ou l’Eau de Carmélitas servaient autant à soigner des maux qu’à préserver l’éclat du visage. L’Eau de Cologne, elle, a longtemps été prescrite et consommée pour ses vertus sur le corps et l’esprit.

De ces usages anciens sont nées des approches contemporaines : olfactothérapie, aromathérapie, aromacologie. Chacune explore à sa façon le pouvoir des huiles essentielles et des odeurs sur notre bien-être, notre humeur ou notre équilibre psychique. Aujourd’hui, des hôpitaux intègrent ces pratiques jusque dans des services de chimiothérapie, de soins palliatifs ou de maternité. Des associations, telles que celle de Patty Canac ou le projet « Parfum des anges » initié par la neurobiologiste Olga Alexandre, accompagnent les patients pour retrouver le sommeil, l’appétit, soulager la douleur ou raviver certains souvenirs.

La dimension olfactive pénètre aussi le champ du développement personnel : ateliers de « yoga olfactif », séances de méditation parfumée, soutien à la gestion des émotions… Béatrice Boisserie, journaliste et créatrice du blog « Partes d’odeurs » et de l’association YOS, en a fait un terrain d’expérimentation. Pour elle, l’odorat est un véritable levier pour agir sur la psyché, stabiliser l’humeur et apaiser le système nerveux. Après avoir pratiqué le hatha yoga et exploré le yoga du son, elle s’est naturellement tournée vers la connexion entre souffle et parfum, persuadée que le nez ouvre un passage vers l’énergie intérieure. Elle aime mêler le jeu et la poésie : « Au Japon, le mot sentiment désigne aussi l’écoute. J’aime écouter le parfum et sentir ce qu’il déclenche en moi. » Sa devise : « Inspirer un parfum, expirer une voyelle » résume bien sa vision d’une pratique simple, accessible, qui reconnecte à un espace intime et joyeux, avec les outils du yoga, de la méditation et de l’olfaction.

Ces dernières années, certaines marques se sont emparées de cette vague pour réinventer le parfum thérapeutique. En 2016, Flores de Bach Elixirs & Co a lancé une collection d’eaux de toilette bio pensées pour « apporter de l’audace », « du bonheur », « de la confiance » ou « de l’harmonie » grâce à une synergie d’huiles essentielles. L’année suivante, Le P’tit Sniff a débarqué avec le premier diffuseur d’odeurs de poche, à emporter partout pour choisir sa fragrance selon son état d’esprit du moment.

La pandémie de Covid-19 a accéléré l’intérêt pour le parfum comme vecteur d’équilibre, reléguant au second plan son aspect purement esthétique. Trois marques incarnent aujourd’hui ce nouvel élan, chacune avec sa propre philosophie et des créations conçues pour harmoniser les émotions. Leur point commun ? Un même credo : donner au parfum une vocation de soin. Nous avons échangé avec elles pour comprendre leur démarche.

Ajnalogie : « Respirez les âmes »

Agathe Jacquinet, passionnée de parfums depuis l’enfance, a choisi de donner une nouvelle direction à sa carrière après un cursus à l’Isipca. En 2019, elle lance sa propre gamme : cinq parfums aromatiques 100% naturels, pensés pour répondre à nos besoins énergétiques et émotionnels. Son rapport au parfum s’ancre dans l’intime : « J’aborde le parfum comme une émotion. Je change selon mes envies ou ce que je ressens dans la journée. »

À ses côtés, Eléonore de Staël, diplômée de Grasse et lauréate du concours Corpo 35, signe les compositions. Pour elle, la rencontre avec les matières premières naturelles a été un déclic : « J’ai eu la conviction que mon métier de parfumeure tournerait autour du naturel, c’est mon ancrage. »

Le nom, Ajnalogie, est un clin d’œil au chakra « ajna », dit du troisième œil, situé à la racine de l’odorat. Agathe raconte avoir contacté Eléonore sur un coup de tête, poussée par l’intuition après avoir vu passer son profil sur Instagram. Le duo s’entend tout de suite, porté par une sensibilité partagée.

La création des parfums s’est faite avec l’appui de spécialistes reconnus : Annick Le Guérer, anthropologue et historienne ; Francine Joli, chimiste ; Sabine Le Camus, enseignante et passionnée d’aromathérapie. Agathe a aussi enrichi sa méthode grâce à une formation en olfactothérapie et en fréquence vibratoire des plantes avec Gilles Fournil.

L’approche d’Ajnalogie ne s’arrête pas au flacon. Des ateliers olfactifs sont organisés en aveugle pour recueillir les ressentis des participants, qui réagissent souvent spontanément aux émotions générées par chaque fragrance. Dernière nouveauté : la méditation olfactive, avec un bijou de nez conçu en partenariat avec Leïla Rejeb, pour respirer le parfum en pleine conscience.

Parfums

Desire 2.0

Un cuir floral pensé autour d’ingrédients réputés pour leurs effets aphrodisiaques : gingembre, tubéreuse, iris, muscade. À porter lors d’un rendez-vous, d’une soirée particulière ou d’un moment où l’on veut réveiller sa sensualité.

Serenity 4.0

Ce parfum, aux accents orientaux et gourmands, s’adresse à ceux qui ont besoin de réconfort. Vanille, néroli, jasmin, bois de santal : une bulle relaxante à s’offrir les jours de fatigue ou lors des insomnies.

Confiance 5.0

La rose, travaillée sur un fond boisé, sert d’ancrage pour affirmer sa personnalité. Le poivre noir renforce l’assurance, le vétiver et le patchouli apportent stabilité et apaisement.

Cure 6.0

Romarin, menthe, sauge, lavandine, lime, verveine exotique : ce parfum s’inspire des anciens remèdes d’apothicaires pour accompagner les journées chargées ou les périodes de brouillard mental.

Méditation 7.0

Autour de l’encens et du palo santo, Méditation 7.0 invite à l’introspection, à calmer le tumulte intérieur pour retrouver une forme de paix. Idéal lors de moments solitaires ou pour se recentrer.

Eaux de parfum Ajnalogie, 65 euros/30ml
Disponible sur le site de la marque.

L’Aromachologie, par 100Good : « Respirez à (re)sentir »

Après avoir dirigé l’international chez Hermès Parfums, Christophe Bombana s’est lancé dans l’aventure entrepreneuriale en 2017 à Lyon, avec 100Bon. Les partis pris sont clairs : des compositions véganes, 99,91% naturelles, conditionnées dans des flacons réutilisables, recyclables, et produits en France.

Cette année, la marque s’associe à Patty Canac pour une nouvelle gamme baptisée « L’Aromachologie ». Patty, qui enseigne l’aromacologie à la Faculté libre de Médecine Naturelle et à Isipca, s’appuie sur sa pratique d’olfactothérapeute et son expérience auprès de patients victimes d’AVC ou de traumatismes crâniens. L’enjeu, pour elle, dépasse la simple fragrance : « Nous sommes à la croisée entre le parfum plaisir et le parfum qui agit. Notre démarche vise à travailler sur le système nerveux autonome, à jouer sur l’accélération ou l’apaisement du corps. »

Elle a conçu sept « bulles olfactives » à pulvériser sur le corps, les cheveux ou les vêtements. L’objectif ? Restaurer l’équilibre émotionnel, retrouver la connexion à soi. Le geste peut s’accompagner d’exercices de cohérence cardiaque pour renforcer les effets.

Parfums

Voici les différentes synergies développées :

  • Confiance en soi : neuf huiles essentielles, dont patchouli et citron, pour retrouver de l’assurance quand elle fait défaut.
  • New Breath : onze huiles essentielles autour du cyprès et du sapin de Sibérie, pour s’oxygéner et recharger ses batteries.
  • S.O.S : à utiliser lors de pics de stress ou de tensions, avec ciste labdanum, camomille romaine, lavande vraie pour apaiser les émotions vives.
  • Clear Ideas : onze huiles essentielles, comme le cèdre de l’Atlas et la menthe, pour clarifier l’esprit et retrouver la concentration.
  • Sweet Dreams : neuf huiles essentielles (néroli, petitgrain bigarade) pour apaiser la surcharge mentale et faciliter l’endormissement.
  • Libérer : dix essences, dont magnolia et jasmin sambac, pour détendre et aider à relativiser lors d’épisodes de stress persistant.
  • Moment Present : vétiver, bois de gaïac et six autres huiles essentielles pour se recentrer lorsque le quotidien devient déstabilisant.

Parfums 100Bon, spray 19 euros/30ml, roll-on 16 euros/10ml
Disponible dans les points de vente 100Bon et sur le site de la marque.

Petite Mila : « Se sentir mieux »

En 2013, de retour des États-Unis, Caroline Quesnel s’installe à Aix-en-Provence et fonde Petite Mila, une marque textile engagée dans le respect de la nature. La fabrication locale et l’utilisation de coton bio deviennent son credo. Son expérience outre-Atlantique, marquée par la découverte des thérapies énergétiques (yoga, reiki, acupuncture) et des « parfums auriques », la pousse à développer trois « sprays énergétiques » inspirés de l’olfactothérapie et de l’aromathérapie vibratoire.

Pour élaborer ses synergies, elle s’entoure d’un naturopathe plutôt que d’un parfumeur, privilégiant la dimension vibratoire à l’aspect purement olfactif. « Chaque plante a sa fréquence propre, et lorsqu’on l’utilise, on bénéficie de cette vibration. Pour le spray Ancrage, par exemple, on s’appuie sur des essences issues d’arbres aux racines profondes comme le sapin baumier. On a laissé nos ressentis guider la création. »

Les sprays Petite Mila s’utilisent pour parfumer le corps, les espaces ou les objets, avec la volonté d’agir à la fois sur le plan physique, psycho-émotionnel et spirituel.

Parfums

  • L’ancre : pour ramener calme et sérénité. Sapin baumier, petitgrain bigarade, niaouli et palmarosa conjuguent leurs propriétés apaisantes afin de favoriser l’ancrage et rééquilibrer l’énergie.
  • La protection : pin, ylang-ylang et lavande s’associent pour dynamiser et protéger des tensions extérieures, comme un rempart quotidien pour préserver son intégrité énergétique.
  • La purification : pamplemousse, thym, verveine citronnée et orange forment une synergie destinée à libérer les tensions et restaurer l’équilibre émotionnel en chassant la négativité.

Le parfum ne se contente plus de séduire. Il soigne, il accompagne, il relie. Le bien-être par l’odorat ne relève plus d’un simple effet de mode : il s’impose, discret mais tenace, là où on l’attendait le moins. Qui sait ce que la prochaine inspiration nous réserve ?

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